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Un cas de censure évident – Réaction de l’ANEL sur l’affaire des Contes interdits des Éditions ADA

  • ANEL
  • Communiqué
20 mars 2019

Par la voix de son président, l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) se prononce sur l’affaire des Contes interdits des Éditions ADA.

L’Association nationale des éditeurs de livres a été saisie par l’entremise des médias et des réseaux sociaux de la problématique menant à l’arrestation de l’auteur Yvan Godbout et de son éditeur Nycolas Doucet, de la maison ADA. Nous sommes stupéfaits de la tournure de cette affaire! Si des livres ont déjà fait l’objet de retrait des rayons de librairies ou de bibliothèques dans un passé somme toute fort triste et pour diverses raisons, cette cause criminelle semble atteindre un autre niveau, qui inquiète tous les éditeurs, puisqu’ici on criminalise l’écriture d’une fiction.

Sans porter de jugement sur le roman et le passage mis en cause, il semble que l’arrestation d’un auteur et de son éditeur pour incitation à commettre un crime grave à travers une œuvre de fiction est pour le moins fort menaçante. Ce retour à la censure appliquée aujourd’hui par le système criminel nous amène à nous questionner sur le respect de la liberté d’expression et du droit d’auteur. Les auteurs et éditeurs de romans policiers, qui mettent en scène des personnages commettant des crimes plus horribles les uns que les autres, peuvent-ils continuer à publier ? Et les lecteurs de ces livres sont-ils fautifs en se procurant des œuvres qui font la promotion d’actes criminels ?

L’œuvre de fiction reste une œuvre de l’imaginaire et en ce sens il semble difficile pour un éditeur et son auteur de prétendre chaque fois y jouer un rôle d’éducation. Est-ce à dire que tout peut être écrit dans un roman ? Laissons les lecteurs en décider et en juger en se procurant ou pas un livre, en le critiquant sur les différentes plateformes de discussion. Et les détaillants ont aussi le droit de tenir ou pas un ouvrage; plusieurs ont par le passé interrompu la vente de telle ou telle publication qui ne correspondait pas à l’esprit de leur commerce, en fonction de la clientèle qui le fréquentait. Ici, l’intervention de la Direction des poursuites criminelles et pénales et des forces policières pour juger d’une œuvre nous semble un glissement très dangereux pour la profession.

De plus, il nous apparaît primordial de faire la distinction entre l’auteur et les personnages qui sont mis en scène dans une œuvre de fiction. Il faut visiblement le rappeler, l’action d’un personnage ne reflète pas l’intention d’un auteur. Avec ce type de raisonnement, on peut se demander ce qu’il serait advenu d’une œuvre phare de notre littérature comme Prochain épisode d’Hubert Aquin, un roman où les frustrations accumulées d’un révolutionnaire le poussent à commettre l’irréparable. Est-ce là aussi une incitation au crime ?

La liberté d’expression et la défense du droit d’auteur sont deux éléments fondamentaux à la base de la création de l’ANEL et en ce sens, l’Association souhaite aujourd’hui réaffirmer l’importance de les défendre encore et toujours, au pays comme ailleurs, pour tous ses membres et pour tous ceux qui font profession d’éditeur. Dans cette histoire, un peu plus de jugement de la part de nos dirigeants politiques serait fort à-propos.

Arnaud Foulon
président