19060E52-5E89-4EDD-9324-B59C02835F34Groupico-homeico-menu

Quand Québec nous raconte des histoires

  • ANEL
  • Point de vue
21 mars 2019

Lisez l’éditorial de Gilles Herman, directeur général, Éditions du Septentrion, publié dans la revue Collections, volume 6, numéro 1, mars 2019

Québec, ville de littérature UNESCO… Quelle mouche a bien pu piquer le comité de sélection ? On associe facilement Québec à la radio plutôt qu’au livre, pour le plus grand abrutissement de nos cervelles… et pourtant, les Presses de l’Université Laval ainsi que les Presses de l’Université du Québec tiennent haut le flambeau de la connaissance et font rayonner le savoir québécois à travers le monde francophone, à partir de notre chère ville.

C’est avec un livre, les récits de Jacques Cartier, que Stadaconé fait son entrée dans les salons savants européens à la moitié du XVIe siècle. Et si Champlain a laissé sa marque indélébile sur le continent américain et a fait entrer Québec dans l’histoire, c’est parce qu’il a pris soin de faire publier ses ouvrages à Paris, avec autorisation royale s’il vous plaît.

Pour ma part, c’est bien plus modestement dans une bande dessinée, la 11e aventure du reporter Guy Lefranc (La Cible, Casterman, 1989), que j’ai fait connaissance avec la ville et son emblème, le Château Frontenac. Depuis ma Belgique natale, je ne pouvais alors pas m’imaginer que, une décennie plus tard, je franchirais le seuil de l’une de ses maisons d’édition pour finir par en prendre la barre.

Il est vrai que sa position géographique sur le cap est spectaculaire, et que celle qu’on appellera le Gibraltar d’Amérique a inspiré bien des peintres, des illustrateurs et finalement des bédéistes qui immortaliseront cette vue à couper le souffle d’un fleuve écartelé par la pointe de l’île d’Orléans. D’ailleurs, vous feriez mieux de profiter de celle-ci, au cas où un nouveau pont viendrait briser cette grâce.

Une ville peut bien sûr inspirer des histoires, et plusieurs écrivains et écrivaines en témoignent dans ce numéro de Collections. Quelquefois, les mots sautent des pages et prennent ancrage dans le monde réel. Pour ma part, je ne peux plus descendre l’autoroute Duplessis sans ressentir un profond malaise : le romancier Jacques Côté y plantait un tireur embusqué canardant d’innocents automobilistes (Nébulosité croissante en fin de journée, Alire, 2000). Ce dernier m’a déjà confié que je ne suis pas le seul lecteur à entretenir cette crainte !

C’est qu’à Québec, voyez-vous, la littérature se fait de moins en moins discrète. Nos magnifiques bibliothèques ont intelligemment su se renouveler pour devenir des lieux de rassemblement, transformant d’anciens lieux de culte en temples de la culture. Lorsque la Maison de la littérature présente ses animations, ses spectacles et autres activités, il y a du monde à la messe !

Québec, c’est aussi un lieu de pouvoir, encore appelée la Vieille Capitale, non parce qu’elle est poussiéreuse, mais tout simplement pour se souvenir qu’elle fut déjà la capitale d’un Canada naissant. S’il y a un lieu méconnu du public et des amateurs de livres, c’est bien la bibliothèque de l’Assemblée nationale et sa formidable équipe de recherche. Les livres sont une source de connaissances et d’inspirations pour nos élus et élues, et la publication d’un livre d’idées est bien souvent une étape à franchir pour aspirer aux plus hautes fonctions de l’État.

Et si vous voulez croiser le premier élu de la ville, il n’y a guère meilleure place que la Librairie du Quartier. D’ailleurs, certaines des plus belles librairies du Québec ne se trouvent-elles pas dans nos rues ? D’Octave Crémazie à Denis LeBrun, l’un des fondateurs de la librairie Pantoute et de la revue Les Libraires, il s’est toujours trouvé des passionnés pour cultiver le goût de la lecture auprès de la population, à commencer par l’étonnant éditeur d’Alto, Antoine Tanguay, qui invite les curieux à découvrir des accords bières et romans.

L’UNESCO a su voir en Québec une perle rare, un lieu magique de création et de diffusion, associé à une population amoureuse des lettres et des arts littéraires. Nous devrions emprunter ses lunettes et nous mettre à voir ce joyau, à nous en emparer et à le façonner pour notre plus grand bonheur.

Consultez le numéro