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On a cru en moi plus que moi-même

  • ANEL
  • Nouvelles
25 septembre 2019

Dans le dernier numéro de Collections, qui traite des troubles d’apprentissage, Jean-François Bouchard, président des Éditions La Presse, a écrit un texte touchant. En voici un extrait:

Longtemps j’ai cru que je n’étais bon à rien, mais jamais je n’ai pensé que j’étais idiot. Et pour cause. J’ai eu un mal fou à apprendre à lire. J’en ai dans ma chair le souvenir de douleurs physiques à force d’efforts démesurés. Il a fallu des années, très nombreuses, avant que l’activité de lire ne soit plus synonyme de souffrance. Peut-être la moitié de ma vie. Quant au plaisir, il s’est fait désirer jusqu’à tard dans mes jours. Écrire? Un chemin de croix qui tournait en rond, fait de chutes répétées et incessantes. Personne ne me croit quand je dis que je faisais cinquante fautes dans une dictée de cent mots. Mon cerveau s’en souvient. Ma mémoire est imprégnée d’images de pages couvertes de rouge et de notes minables. Une sorte de sacrifice expiatoire qui ne trouvait jamais sa rédemption. Tout était réuni pour me pousser au plus vite loin des bancs d’école. Je ne comprenais pas. Je ne me comprenais pas. La dyslexie était sans doute cachée dans les pages du DSM-II (à l’époque), mais le mot ne s’était pas rendu à mes oreilles, ni à celles de mon entourage. C’est bien connu : ce qui n’a pas de nom n’existe pas. J’habitais une sorte de schizophrénie, partagé que j’étais entre des résultats scolaires poussifs et une soif d’apprendre insatiable.

Pourquoi ai-je persisté ? Il m’a fallu le recul du temps pour le comprendre.

D’abord, tout au long de mon parcours scolaire, je n’ai jamais entendu un professeur, un éducateur, un adulte dire que je ne valais rien et que je n’irais nulle part dans la vie. Au contraire, j’étais devant l’énigme d’enseignants qui disaient à mes parents en ma présence : tout va bien, pas d’inquiétude, il va s’en sortir. J’étais confus : comment était-il possible de déclarer une telle chose devant un élève aux résultats moins que moyens. Aujourd’hui, je sais que cet acte de foi sans cesse renouvelé a pris le relais de mon propre doute. On a cru en moi plus que moi-même.

Lire l’éditorial complet ici.